identit& folies bizarreries

Attention : cet article va parler de sujets difficiles.

& : c’est le symbole de la multiplicité. Le « et » pour dire le multiple. Le « et » pour la multiplicité dans notre vie. Le « et » peut-être pour toutes les folies.
Je revendique le « et » inclusif plutôt que le « ou ».
Je revendique notre liberté à sortir du faux dilemme : écraser ou être écrasé-e, le « ou » de l’individualisme.
Je revendique le « et » comme pont, comme chemin imparfait et non-définitif.
La vérité folle ce sont (selon nous) des vérités multiples.
Le « et » court-circuite les définitions, les identités, les catégories.

La multiplicité sauvera nos mondes.

Mais avant nos intimes infinis, définissons.

On parle surtout de multiplicité pour désigner les personnes atteintes de trouble dissociatif de l’identité, qui ont plusieurs identités dans leur tête (parfois appelées « alters »). L’ensemble des alters d’une personne multiple est appelé « système ». 1 personne multiple (avec toustes ses alters) = 1 système. Mais la multiplicité renvoie à des vécus bien plus diversifiés, qui ne tournent pas toujours autour de la pathologie et de la souffrance.

Voici mon idée là-dessus :

L’identité personnelle est une fiction utile, tout comme le libre-arbitre. D’ailleurs ça crée plein de problèmes, de paradoxes et d’apories quand on fait des expériences de pensée pour la définir (cf par exemple la page Wikipédia sur l’identité personnelle).

La norme veut qu’on ait une identité par corps. Je pense pour ma part qu’on est toustes très fluides, très changeant-es, selon les situations et les moments de la vie, voire de la journée.

On est très probablement face à un spectre, un peu comme tout dans la vie, étant donné que les catégories sont des découpages arbitraires utiles (c’est l’un des fondements du langage notamment). On est toustes plus ou moins multiples selon moi.

Mais s’arrêter là n’est pas suffisant. Inutile de vouloir diluer absolument la signification d’un mot en disant : « au fond, tout le monde est comme ça. » Pour qu’un terme serve à quelque chose, il faut qu’on s’accorde, même imparfaitement, sur un degré à partir duquel il est à propos de l’utiliser.

Ce degré, je pense que c’est aux personnes concernées de le définir pour elles-mêmes. N’importe qui peut si iel pense être concerné-e utiliser l’étiquette de « multiple ». Pourquoi suis-je pour cette autodétermination face aux étiquettes ? par conviction politique, éthique (en plus je ne veux pas laisser la psychiatrie avoir le monopole du langage et des catégories pour étiqueter les gens), mais aussi parce que je pense, d’un point de vue épistémique, que personne d’autre que toi ne peut dire ce qui se passe dans ta tête. On peut regarder ton visage, on peut écouter tes mots, on peut regarder ton cerveau aussi, mais l’expérience interne que tu vis, il n’y a que toi qui as les mots pour la désigner, et il n’y a pas d’argument extérieur à fournir : je souffre parce que je souffre, je suis multiple parce que je suis multiple, j’aime parce que j’aime, etc… c’est une certitude solipsiste.

À noter que je ne parle pas ici de nos identités perçues par la société (être racisé-e, être pauvre par exemple ou encore être une femme, et pour ce qui concerne le genre cela s’inscrit aussi socialement dans le langage et la performance) : je parle du “je” qui dit “je”, je parle de cette identité intérieure qui dialogue toujours avec l’identité sociale, et réciproquement, mais ne se confond pas avec. Cette identité intérieure est souvent liée au social (elle se construit selon la société même sans être hors du placard) mais elle n’est pas discernable par autrui autrement que par notre langage et notre performance.

Voilà pour ce qui concerne l’identité personnelle.
Maintenant, ai-je besoin d’être malade pour être multiple ?

Dans une perspective antipsy et émancipatrice, je pense qu’il faut arrêter de pathologiser tout ce qui sort de la norme. Si quelqu’un-e souffre de sa condition, il y a lieu de parler de « pathologie », et encore seulement si cette personne trouve ce vocabulaire utile ; même souffrir n’est pas pathologique en soi. On le dit communément pour le deuil : es-tu malade parce que tu souffres de la perte d’un-e proche ? Mais cela est valable pour tout. Pour complexifier encore plus les choses, pense aux injustices et aux oppressions inhérentes au fonctionnement de notre société : est-il pathologique d’être en colère contre son patron ? d’avoir peur d’un mari violent ? d’être triste à cause de son isolement social ? d’avoir développé un rapport au monde modelé par l’hypervigilance quand on a vécu un passé traumatique ? de se croire profondément coupable, quitte à chercher une cause dans une vie antérieure, parce que la société nous considère comme fautif-ve, jetable, voire bon-ne à tuer (« sale arabe », « sale lesbienne », etc) mais que l’explication est insidieuse, que la punition est permanente, que l’oppression avance masquée et donc qu’il faut bien pour combler les trous, les béances, les lacunes, l’absurdité de notre condition s’inventer un dieu vengeur ?

En fait, si une personne ne qualifie pas son état de pathologique, son état n’est pas pathologique ; la maladie ne doit pas être une valeur fixée selon une norme, notamment la norme capitaliste de notre capacité à être productif-ve ou non, mais une valeur fixée par une subjectivité, auto-assignée.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des traumatismes dans l’enfance ou de souffrir atrocement pour être multiple. Pourquoi devrions-nous souffrir obligatoirement pour excuser notre pied-de-nez à la norme ? On a beaucoup à apprendre des personnes qui vivent bien leur folie… mais ici aussi faisons attention aux modèles de développement personnel, aux héros-ines, aux alchimistes qui transforment le plomb en or, aux self-made mad. A-t-on besoin de ces récits ? N’a-t-on pas surtout besoin d’entendre que la souffrance humaine a le droit de parler, de jongler, de danser et de dire des choses bizarres, sans être juste du « pathologique », de l’excroissance, un truc à guérir ? Et pour nos joies, sont-elles un mérite sur lequel capitaliser en se faisant coach de vie ? Ne sont-elles pas plutôt une désobéissance ? La folie a droit de cité dans une cité où le « Je cherche un être humain » trouve réponse humaine.

Et la folie, je pense, n’est pas en elle-même la souffrance.

Dans la joie, notre folie est venue pour créer : c’est le monde qui veut nous créer à notre place. Dans l’adversité, notre folie est venue pour nous sauver : c’est le monde qui a voulu nous tuer. Notre peur panique est venue pour que nos jambes puissent fuir. Et cet ami imaginaire nous donne son visage parce qu’il y a trop de larmes pour seulement deux yeux. Et cette rage de borderline, d’hystérique, est-ce qu’elle ne convulse pas pour refuser l’immobilité d’une femme-objet ? Et cette impression d’être un-e prophète-sse, n’est-ce pas parce qu’on a finalement quelque chose à dire, quelque chose de vrai à dire et qu’avoir quelque chose à dire de vrai dans cette société où la triche est permise, c’est déjà être un peu un-e éveillé-e ? En fait, si je déréalise, n’est-ce pas parce qu’on est dans une immense farce, comédie, tragédie, une fiction collective, un jeu d’acteur-ices et de performances auquel je ne crois plus (ne veux plus croire) ? Je ne donne là que quelques pistes, mais je n’en ferai pas une liste d’explications fixes : à toi de me dire pourquoi tu dérailles, ce n’est pas à moi de fixer les rails de ta déraison.

Il y a cinq alibis selon moi que l’on agite, que l’on expose, permettant de légitimer la psychiatrie comme pouvoir, cinq choses qui font peur avec la folie :
– l’improductivité
– la dangerosité envers les autres
– le suicide ou l’autodestruction
– le délire, la perte de contact avec la réalité
– la perte de contrôle et de responsabilité (qui est en fait l’alibi des quatre autres alibis)
(Et si ces alibis, ces diversions cachaient autre chose, une autre peur, un autre angle mort de notre société ?)

Parlons de l’improductivité d’abord. Souvent l’argument n’est pas formulé ainsi. Mais on entend souvent cette petite phrase : « Elle a droit à des aides pour ses problèmes psys… moi aussi, je pourrais ne pas me lever le matin », « Tu n’as qu’à te bouger, c’est de la paresse », etc. Et on en vient ainsi à créer une concurrence des malheurs. Les MDPH par exemple ne donnent pas à tout le monde les aides. L’un des triomphes les plus cruels des classifications psychiatriques, c’est ceci : créer des diagnostics, des normes dont certain-es sont exclues ; et l’on voit des personnes folles critiquer d’autres personnes folles. Classifier pour mieux exclure. Diviser pour mieux régner. Pour moi, il n’y a pas à catégoriser. Il n’y a pas à dire : « La dépression n’est pas de la paresse », « La fatigue n’est pas de la paresse », « La dysfonction exécutive n’est pas de la paresse. » En fait, on peut tout simplement dire : « La paresse n’existe pas. » Ou mieux : « L’idée de paresse existe pour nous asservir. » La morale vient bien souvent pour masquer le social. Réfléchis bien. Si tu avais de l’énergie et une chose que tu aimes faire, qui a du sens pour toi, accessible mais en même temps stimulante, si tu n’étais pas brisé-e par cette société qui t’a dit plus jeune « Tu as toujours 6 de moyenne parce que tu es nul-le », et qui te le répète à longueur d’entretiens d’embauche ratés, tu le ferais pas ce truc génial qui te démange le bout des lèvres et que tes mains peinent à exécuter ?

Mais en fait, moi je ne veux rien faire. Et toi ? ta vie on te l’a répété, n’est pas un absolu, sa valeur est conditionnée par ce que tu en fais. À mes yeux, ta vie vaut la vie, rien de moins, rien de plus. C’est une fin en soi. La cigale chante comme un lendemain. L’horizon de ta vie, c’est ta vie. Pas besoin d’y greffer un sens autre que celui-ci : « Vivre. » Moi, je ne veux pas travailler. Je veux chanter. Je veux agir. C’est différent, c’est le contraire peut-être parfois. Le travail nous travaille, c’est tout ce qu’il nous fait.

C’est vrai que j’ai des aides pour vivre. D’autres n’en ont pas. C’est injuste. Mais ne mettons pas en concurrence nos malheurs ; tu n’as pas besoin de souffrir plus qu’un-e tel-le pour que j’entende ta souffrance. Comment ça, le capitalisme nous a-t-il même appris à mesurer l’amplitude de nos cris ? à compter nos larmes ? à quantifier notre souffrance pour ne pas entendre qu’en vérité, elle est un océan dans un océan ? elle est l’humanité qui pleure dans l’humanité qui pleure ? Ne nous écrasons pas les un-es les autres. On a autre chose à écraser que nos voisin-es de quartier et de pitié, cette chose c’est le capitalisme.

Mais me dit-on, un état dit « fou » est dangereux. On a associé la folie à l’idée de dangerosité, c’est une idée contingente, qui s’explique historiquement, mais réfléchissons-y. Pour moi, la répression qui tente de contenir la personne se déguise sous le nom de « soin ». Je peux condamner moralement les agissements d’une personne sans l’assigner au rôle de « malade », sans punition non plus. N’est malade que cellui qui se pense malade. Associer maladie et criminalité, c’est un geste du pouvoir, un geste du pouvoir pour légitimer la répression. Mieux vaut une répression claire et transparente que la manipulation orchestrée par la psychiatrie au double-visage soin/répression (c’est bien entendu ok pour moi qu’on réprime une personne immédiatement dangereuse pour autrui, en l’immobilisant au moment t, pas en l’enfermant de manière punitive, mais pas qu’on la maltraite au nom d’un prétendu soin, « pour son bien »). Tout se résume dans ce slogan : « Si c’est contraint, c’est pas du soin. » Comment a-t-on pu accepter le scénario selon lequel violer le consentement d’une personne, c’est prendre soin d’elle ? Si on remplace le mot « soin » un peu trop abstrait, un peu trop médicalisé par « prendre soin de », cela ne fait plus sens. On ne devrait pas être malade contre son propre gré. Pourquoi a-t-on quadrillé le DSM comme une prison ?

Dans les faits maintenant, la question de la dangerosité se pose bien peu, en comparaison de la question des maltraitances envers les personnes psychiatrisées. Car les personnes désignées comme folles ou comme ayant des troubles psys ont bien plus de chances d’être agressées elles-mêmes que de commettre des actes violents envers autrui : de nombreuses statistiques le montrent. Le mythe du « fou dangereux » sert à justifier le pouvoir psychiatrique, l’enfermement (cf Foucault), la psychiatrie étant la seule branche de la médecine à travailler main dans la main avec le pénal, si on excepte la médecine légale.

Et pour ce qui est de la question du suicide, autre argument pour enfermer ou « soigner » sans consentement, réglons le problème à la source. Ce n’est pas en retirant la corde au cou de lae pendu-e qu’on l’empêche de se pendre, c’est en enlevant la poutre dans l’oeil de la société, toute cette charpente, toute cette structure pernicieuse à laquelle iel a accroché sa corde. Cette société ment si elle met des garde-fous sur les ponts plutôt que de créer des ponts entre les gens, des liens, une chose réelle qui te retienne de sauter dans le vide. Oui, dans l’urgence, le premier réflexe est de sauver la vie (et oui, en tant qu’individu, tu seras confronté-e au dilemme peut-être d’appeler le 15, et je ne jette la pierre à personne, car le problème est structurel)… Sauver la vie… mais quelle vie sauve-t-on ? Une vie où déjà la société nous a fait chuter, nous écraser avant même que nous sautions du pont. Abolir la psychiatrie, ce n’est pas abolir le soin. Il y a l’entraide communautaire, la pair-aidance et de réelles pratiques de soin collectif qui existent déjà. On enlève les chaînes, on crée des liens.

Et la perte de contact avec la réalité ? Devons-nous cacher notre beauté, notre imagination, notre force créatrice ? Qu’y a-t-il de honteux à se comprendre soi-même comme un battement d’aile, une tempête, une montagne, un morceau de démon ou une flamme qui persiste ? La métaphore est importante dans la multiplicité, dans la folie en général. Elle permet de créer une médiation face à une réalité violente, voire traumatique, de donner forme à l’ombre, d’apprivoiser l’horreur, de sortir des petites cases fermées et normatives de la psychiatrie ou du bon sens ordinaire, et même sans parler de souffrance, elle permet de faire sens, d’être l’artisan bricoleur, improvisateur, souvent génial du sens de sa propre vie. Ce n’est pas un mal de faire vivre en soi des symboles, des récits, des mythologies ; tout le monde le fait, mais certains récits sont plus acceptables que d’autres : on s’accroche à telle idole, tel pays, telle religion, telle identité, tel découpage du monde, tel système de valeurs (notamment à l’argent lui-même, la valeur en elle-même, l’abstraction du capitalisme, son dieu absolu), on leur donne une aura, on se raconte individuellement à travers ça et collectivement aussi – parfois de manière désastreuse quand ce récit essentialise, se présente en absolu, écrase, s’impose en norme incontournable… mais qu’un individu s’empare d’un récit non-normé, non-ordinaire, cela dérange. Cela fait peur car cela montre à quel point nos repères culturels sont contingents. Cela subvertit. Cela relativise. Cela interroge notre rapport aux imaginaires dans la société. Peu importe que ton récit soit conventionnel ou non, qu’il soit pris au sens littéral ou non, qu’il soit ambigu ou fonctionne en système clos, tu t’y accroches. Tant que tu t’y accroches, tu en as besoin. Volonté plus que vérité. Nos récits sont une clef de lecture pour comprendre le monde et pour se comprendre soi-même. Ne dis pas à un-e étiqueté-e « délirant-e » que son récit est faux : c’est ce que son esprit a créé de meilleur pour interpréter (et vivre) la réalité. Essaye plutôt de comprendre sa position dans la réalité, de quelles conditions matérielles et de quels besoins son langage est l’étrange signe – et ce sans plaquer des grilles de lecture préconstruites, imposées, verticales comme le fait la psychanalyse.

Oui, j’estime que pour des questions éthiques, il faut s’entendre sur une vérité commune, au moins un strict minimum de vérité commune… ou plutôt devrais-je dire de vérité partagée. Discourir sur la réalité ne devrait pas être discourir de manière ascendante, transcendante, comme un philosophe européen avec « la » vérité, cela devrait plutôt être co-construire, faire vivre ensemble, inventer à plusieurs les règles du jeu horizontalement et avec fluidité, dynamisme, en laissant toujours en chantier les réponses que l’on donne, comme on poserait un problème politique ; il faudrait une démocratie directe (et non directive) de la vérité… ou plutôt de cette fiction mise en commun que l’on appelle bien souvent « la réalité ». Le consensus scientifique lui-même n’est-il pas (dans l’idéal) une co-construction, une communauté des savoirs appliquant des méthodes précises, des règles imaginées et acceptées collectivement pour permettre une universalisation ou une critique réflexive de points de vue situés, donc de regards biaisés ? Envisager nos connaissances et nos sciences de manière non-scientiste, donc non-autoritaire, passe par cette mise en commun des espaces de parole, des outils de production de savoir. Et pour en arriver là, commençons par critiquer les positions de pouvoir qui prétendent relever du savoir ; on a tendance à dire que la science est non-prescriptive, mais seulement descriptive, mais opérer cette scission, n’est-ce pas un idéalisme ? Sans nier l’utilité de cette distinction, je pense qu’il est parfois à propos d’en montrer les limites, et à plus forte raison quand on parle de la psychiatrie.

Dans ce cas, notre folie est à la fois notre force, notre puissance, mais elle est aussi le signe de nos chaînes. On a enchaîné notre marge de manoeuvre, notre pouvoir de créer, notre pouvoir de vivre pour vivre, notre pouvoir de souffrir en commun, notre pouvoir de raconter le sens, notre pouvoir de se partager la vérité comme un bien commun. A-t-on perdu notre responsabilité, nous les fols, nous les aliéné-es, les brisé-es, les détruit-es ? Mon point de vue est que nous sommes toustes des aliéné-es. Pourquoi ne le dit-on que pour nous les fols ? Ce qu’on appelle « folie » bien souvent, c’est quand acculé-e on essaye de faire un coup d’État ou la révolution au fond de soi, et c’est cela ce qu’on appelle « perdre le contrôle », être « esclave de ses passions », « être ingérable ». Personne n’est libre, on est déterminé-es selon moi ; la question du libre-arbitre arrange bien une société fondée sur la punition, l’autodiscipline et l’individualisme, une société aussi qui ne veut pas regarder notre interdépendance, les possibilités de solidarité entre nous mais également les déterminismes sociaux qui détruisent, soumettent, créent l’injustice, recouverts d’un masque méritocratique. À un faible degré, je pense, on peut se sentir libre pour pouvoir agir (sans être aliéné-e par cette croyance utile), mais pourquoi ne pas remettre en question cette liberté quand elle s’érige en absolu métaphysique ? Retrouver mon agentivité, c’est pouvoir regarder cette société et lui dire « non ». Il n’y a de la lumière entre les barreaux de la prison que si tu vois les barreaux de la prison.

Pour en revenir à la multiplicité et pour lier cela à la question de la responsabilité, c’est utile selon moi d’envisager les comportements d’un être humain comme un ensemble, dont toute/s sa/es personne/s, sa/es psyché est/sont responsable/s. Être multiple ne doit pas être (selon ma propre éthique) une excuse pour fuir sa responsabilité face aux autres. Il est de la responsabilité du système de trouver un équilibre interne pour que les identités coopèrent, travaillent ensemble et agissent selon une éthique collective. De là, j’estime que certaines fictions sociales sont utiles, dans un contexte donné, sans être des absolus, et donc ma vision est contestable : je l’offre au débat. Au fond, il y aura peut-être un jour où on dira sans injustice : « personne n’est coupable. »

J’estimais que ces précisions étaient importantes. N’hésite pas à te documenter sur le TDI, l’ATDS, etc (des « troubles psys » avec de la multiplicité), sur le cas particulier des systèmes programmés également, et sur la multiplicité en général, comme vécu atypique ou pratique culturelle (systèmes endogènes, parogènes, tulpamancien-nes, notions de possession, de multiplicité dans des cultures extra-occidentales…). Et vive l’antipsychiatrie et vive nos folies !

Nour

PS : voici ce qu’est pour nous, à l’heure du fascisme et du réchauffement climatique, un discours normal et raisonnable : lien YouTube.